Quand nous cachons derrière les mots notre société dévoreuse d’énergie.

 

Sous-titre: En France l'équivalent d'au moins  deux groupes nucléaires est produit en pure perte !

 

C'est un coefficient de « conversion » … ou de perte d'énergie ?

 

 

Les mots employés sont révélateurs de la façon dont nous appréhendons les choses. Il en va ainsi de ce que nous avons appelé de manière erronée « le coefficient de conversion » (1). Ce terme de « conversion » ne convient pas car le changement d'une forme en une autre n'évoque pas spécialement une perte. C'est même parfois le contraire. On peut changer en mieux !

 

Son vrai nom est : coefficient de perte d'énergie.

 

 

Pour comprendre l'importance de ce coefficient, le cas de l'énergie électrique d'origine non renouvelable (énergies fossiles et celle issue  de la fusion nucléaire) est bien représentatif. Pour fabriquer de l'électricité de cette façon, il faut une « cocotte minute ». L'eau est chauffées soit avec du charbon, du pétrole , du gaz ou encore de l'uranium (ce dernier vient pour l'essentiel du Canada, du Niger et du Kazakhstan: l'indépendance ?). La vapeur qui se dégage de « la cocotte » est dirigée vers une turbine qui entraine un alternateur. C'est ce dernier appareil qui produit de l'électricité. Ce processus de transformation de l'énergie entraine d'énormes pertes. Par rapport à l'énergie libérée par les combustibles, quels qu'ils soient (2), c'est seulement un tiers de l'énergie qui est récupérée. Pour l'électricité, se rajoutent des pertes particulières. Ce sont des pertes thermiques, que l'on appelle « par effet joule » (3). Elles se produisent tout au long des circuits électriques que l'on appelle « le réseau électrique ». Il y a aussi des pertes électromagnétiques qui, si elles sont moins importantes, n'en existent pas moins. Il existe, enfin, des pollutions de toutes natures ( visuelles, électromagnétiques, déchets nucléaires, relâchement liquides et gazeux etc…). Toutes ces pertes cumulées constituent un phénomène que les physiciens appellent l'entropie (4).

 

L'énergie primaire est la quantité d'énergie avant transformation, l'énergie finale est celle qui reste, après transformation et qui tient compte de toutes les pertes subies pour mettre cette énergie à votre disposition. A l'exclusion des modes de productions renouvelables, l'énergie électrique entraîne le plus grand gaspillage ( la plus grande entropie).

 

Concrètement, ce coefficient dit de « conversion »- puisqu'il faut employer les termes en vigueur – sert à calculer l'énergie finale qui arrive en bout de ligne et qui va servir à faire fonctionner tout équipement électrique.

 

Officiellement, en France, il lui a été donné un facteur de 2,58 mais en réalité, il est au moins de 3,2 (5). Cela signifie que lorsque l'on consomme 1kwh – 1000 watts pendant une heure ( enregistrés au compteur EDF) –  en fait, il faut rajouter les 2,2 kw.h qui ont été nécessaires pour produire et acheminer cette énergie jusqu'à votre domicile.

En fin de compte, pour 1 kw.h d'énergie finale consommé, on nous facture 3,2 kwh d'énergie primaire.

L'électricité d'origine non renouvelable entraine donc énormément de pertes (6). C'est la raison pour laquelle son usage doit être réservé uniquement aux utilisations où aucune autre énergie ne puisse lui être substituée .

 

L'usage du chauffage électrique est l'exemple aberrant d'un système de gaspillage qui ne profite qu'aux puissances de l'argent au détriment de l'homme et de son environnement. Malheureusement il n'est pas le seul exemple où l'énergie électrique est très mal utilisée. Elle l'est dans la consommation dite de « veille ». Il s'agit des appareils qui ne sont pas utilisés mais qui n'en continuent pas moins à avoir une consommation. Cette consommation représente une dépense moyenne de 50 euros par ménage Français. En effet, le cabinet Enertec révèle dans ses études que: «  la consommation nationale des veilles, sur le parc de résidences principales, est de 11 TWh (7) ce qui équivaut à un peu moins que la production annuelle de deux réacteurs nucléaires. En pure perte… ».

 

Que faire ?

 

La principale solution n'est pas facile à imaginer pour nous humains qui avons vécu dans une société que l'on décrivait volontiers – encore tout récemment -comme étant celle de l'ABONDANCE ( L'européen moyen utilise de façon quotidienne, l'équivalent énergétique de plus de 100 esclaves qui seraient à son service). Aujourd'hui, bardés encore dans nos convictions « d'homoénergivorus », bien souvent inconscients, face à la fin du pétrole toute proche ( le pic de Hubert a été reconnu atteint officiellement par la France au printemps 2011) nous cherchons désespérément des énergies de substitution.

 

En fait, et contre l'attente du commun des mortels, la solution passe essentiellement par trois mots clés qui sont sobriété, efficacité et renouvelables. La réalisation des deux premiers termes est la condition permettant alors la substitution des énergies fossiles et minières (uranium) par les énergies renouvelables.

 

En clair, l'essentiel de nos efforts doit porter sur les économies d'énergies et non sur la recherche de nouvelles énergies.

 

Pour en savoir plus sur le sujet, nous ne saurions trop recommander les travaux de l'association Négawatt et son scénario de descente énergétique.

 

 le 29 septembre 2012  Richard et Jojo

 

  1. Il s'agit du coefficient de « conversion » de l'énergie primaire en énergie finale. (voir plus loin dans le texte les définitions). Il existe un vrai coefficient de conversion . C'est celui qu'utilisent les fournisseurs de gaz naturel qui facturent à leurs clients la quantité d’énergie consommée (en kWh). Pourtant, les compteurs de gaz ne mesurent pas l’énergie consommée mais le volume de gaz livré (en m3). Les fournisseurs passent de l’un à l’autre grâce au coefficient de conversion, ou coefficient thermique. Il sert à transformer en énergie le volume mesuré par le compteur.

  1. La dernière génération des turbines à gaz a des rendements qui arrivent à 55%.

  1. Le passage du courant électrique dans un câble (un fil électrique) entraine un réchauffement de ce dernier. C'est l'effet joule. L'unité de mesure du courant s'exprime en ampères (le symboles est A). C'est le principe de base du chauffage électrique. On mesure bien ce phénomène avec les lampes halogènes qui marchent en très basse tension (24 volts) mais qui sont traversées par un courant important. Elles chauffent presque autant qu'elles n'éclairent! (Pour information, la plupart des appareils domestiques consomment au maximum 20 Ampères pour les plus gourmands. Les appareils électriques standards sont alimentés à la tension de 220 volts).

  1. Entropie: deuxième principe de la loi de la thermodynamique sur la dégradation de l'énergie d'un système. (voir notre article intitulé « le chauffage électrique un choix déraisonnable »).

  1. Plusieurs organismes et personnes indépendantes comme l'Asder, le cabinet ENERTEC (Olivier SIDLER) , J.P. OLIVA ( spécialiste référent de l'architecture bioclimatique) se sont penchés sur l'analyse de ce coefficient. Tous indiquent que le niveau de ce coefficient et supérieur ou égal à 3,2. Sur ce sujet, Olivier SIDLER dit « Lorsque le ministère du Logement, et les autres ministères selon toute vraisemblance, font leurs calculs internes, ils utilisent la valeur de 3,23 qui correspond effectivement à la situation française actuelle et que tout un chacun peut approcher par calcul en partant du mélange de productions électriques ». (référence : extrait de la Note technique n° 090502 intitulée « Énergie primaire où énergie finale » Auteur : Olivier SIDLER mai 2009). A noter que les autres sources d'énergie ont un coefficient proche de 1.

  1. Si l'on veut pousser le raisonnement jusqu'au bout, il y a aussi l'énergie utile. C'est l'énergie qui est restituée par l'appareil à l'utilisateur. L'appareil que vous utilisez à la maison a, lui aussi, des pertes. Elles se calculent avec le rendement de l'appareil qui est -en principe- donné sur sa plaque signalétique. Si vous avez un appareil dont le rendement est de 80%, sur les 1kwh d'énergie finale que vous avez à votre disposition, en réalité, vous ne bénéficierez que 0,8 kw.h !. Vous aurez sans doute compris que les ¾ de l'énergie du départ ont été perdue en route! (3,2/ 0,8).

  1. 1TW.h égale = 1 milliard de KW.h. ( Tw.h pour Téra watt heure)

  2. Les secteurs tertiaires (services) et secondaire (Industrie et  construction) sont aussi utilisateurs d'appareils électriques avec consommation de veille. Cette consommation inutile représente donc nettement plus que l'équivalent de deux groupes nucléaires.

 

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