Le chauffage électrique : un choix déraisonnable

Arrêtons de culpabiliser le citoyen avec les économies d'énergies !

Avec la situation très tendue du réseau électrique Français en ce mois de février 2012 ou l'on ne cesse de battre des records de consommation – notamment – électrique, nous voilà reparti sur le registre de la culpabilisation du citoyen. Monsieur X ou madame Y doivent modérer leur consommation électrique pour éviter une coupure générale du réseau EDF.

Certes, nos modes de très forte consommation de l'énergie (et corrélativement des biens !) demandent une prise de conscience puis une modification de nos comportements.

Cependant, les réductions des volumes de consommation qu’entraînent ces demandes de changements de nos habitudes, même si elles sont indispensables, même si elles peuvent permettre effectivement de passer "les pics" ou "les pointes" de consommation » (celle de 19 heure en particulier qui est la plus forte ) sont forcément limitées par le modèle énergétique qui a été imposé à l'usager (devenu client).

Pour réduire de façon importante nos consommations, sans forcément se priver et surtout de façon durable, il est indispensable de changer notre modèle énergétique.

Si nous prenons l'exemple d'EDF, ce fournisseur en position de monopole fait la promotion, depuis des années, du chauffage électrique. Cette promotion a été efficace puisque aujourd'hui, 31% des logements individuels et collectifs sont équipés de chauffages électriques (source ADEME). En outre en 2009 encore et « malgré » le Grenelle de l'environnement, 80% des logements Français ont été équipés de chauffages électriques.

Le réseau électrique et le chauffage électrique : Une gestion à risque !

Les pertes énormes qu'entrainent la production de l'électricité d'origine non renouvelable ( voir notre article sur le coefficient de gaspillage à venir) ne sont pas malheureusement le seul inconvénient du choix de ce mode de production. Si l'on s'en tient à l'énergie utile (1), le chauffage électrique représente à lui seul plus de 60 Twh (2) de consommation, soit 12,3 % de la consommation annuelle totale d’électricité française. Cette consommation a même dépassé durant l’hiver 2008/2009, particulièrement rigoureux, un total de 70 Twh (14,4 %).

70 Twh, c'est l’équivalent de la consommation électrique d’un pays comme la Suisse où le chauffage électrique est interdit).

Le choix fait par EDF de faire la promotion du chauffage électrique a pour conséquence de fragiliser dangereusement le réseau. Durant l'hiver 2008-2009 le chauffage électrique a représenté jusqu'à 34% (3) de la consommation électrique Française à l'instant « t » (c'est ce que l'on appelle la puissance appelée). Ceci correspondait à une puissance (appelée) de 34000 Mégawatts. C'est l'équivalent de la moitié de la capacité de production du parc nucléaire Français (63100 Mégawatts).

 

Ces très fortes demandes ponctuelles pausent des problèmes de sécurité de réseau. Celui-ci se retrouve, dans bien des cas, sans vraie solution  en cas d'incident. La marge de sécurité fixée par la règle de fonctionnement dite du « N-1 » avec laquelle travaille EDF-RTE peut se retrouver non respectée. En situation normale, une ligne haute tension qui « casse » ou un groupe de production qui tombe en panne n'ont pas de conséquences. Les capacités et le nombre d'ouvrages qui restent en service sont calculés pour qu'ils soient capables de prendre le relais. En situation « tendue », « le N-1 » devient du N « tout court » et c'est toute une région qui peut se retrouver « dans le noir » (le black out) sur un simple défaut.

 

Conséquences économiques: de gros investissements et de gros suréquipements

L'association Négawatt nous dit: « …les investissements de sur-dimensionnement des infrastructures électriques associés à la surconsommation hivernale sont massifs. Pour répondre aux besoins croissants de production de pointe de la France, ce ne sont pas moins de 20 tranches de cycles combinés gaz qui ont déjà été autorisées à la construction et plus de 40 projets identifiés par les gestionnaires de transport(RTE). A 400 Mw en moyenne, cela fait près de 8 000 Mw autorisés et 16 000 Mw totaux en projets pour les prochaines années. ».

40 projets à 350 millions l'unité (voir lien ci-dessous), cela représente la coquette somme (en prévisionnel!) de 14 milliards d'euros.

http://lenergiedavancer.com/edf-inaugure-sa-premiere-centrale-thermique-a-cycle-combine-gaz/2012/02/03/

 

Conséquences sociales: un renchérissement de 35% du cout de l'énergie:

« Ces coûts sont répercutés sur le consommateur via la facture d’électricité dont la part « fixe » (TURPE) a récemment augmenté de plus de 15 % et peut représenter, selon la CRE, de 30 à 40 % de la facture annuelle des particuliers »(4).

Le chauffage électrique est souvent adopté car il est peu coûteux à l’installation. Par contre la facture annuelle est pratiquement deux fois plus élevée que les solutions concurrentes (gaz, bois…). En 2009, il fallait compter du 12 centimes le kwh (pour un abonnement 9kw) et 6 centimes pour avoir la même puissance équivalente en utilisant le fuel domestique ( prix moyen sur le territoire Français pour une livraison entre 2000 et 5000 litres)

Ce surcoût pèse sur le budget des ménages français (5). Il va s'accroitre d'avantage dans les années qui viennent avec principalement :

1.La hausse des énergies fossiles et minières ( l'uranium).

2.La répercussion des couts des travaux liés renforcement des mesures de sécurité dans les centrales nucléaire suite à la catastrophe du JAPON.

3.les effets différés de l'entrée en vigueur de la loi Nome ( mise en application le 1er juillet 2011) oblige EDF à vendre 25 % de sa production à ses concurrents. La CRE (4) a calculé un étalement de 3 à 5% de hausse sur plusieurs années. Au total l'application de la loi NOME devait engendré à elle seule une hausse de plus de 30% sur les 3 à 5 années qui viennent.

 

Conséquence environnementale:

Techniquement l'énergie nucléaire est inadaptée à la consommation du chauffage électrique. Ce sont donc (on la vu avec la nature des investissements qu' EDF fait ou envisage) les moyens de productions classiques qui assurent la prise en charge de la consommation liée au chauffage électrique. « Edf (RTE) estime qu’une économie d’électricité sur le chauffage électrique, entraîne une économie, en CO2 de 500 à 600 gCO2/ kWh, bien que la moyenne des émissions soit bien plus faible. Le développement en France des cycles combinés au gaz pour la production d’électricité destinée au chauffage électrique imposerait d’importer 2 à 2,5 fois plus de gaz que si l’on choisissait de consommer ce même gaz pour chauffer, à niveau d’isolation égal, directement les logements avec des chaudières performantes » (rapport association Négawatt).

 

Conclusion:

Le grenelle de l'environnement même s'il a permis une certaine forme de prise de conscience des formidables gaspillages énergétiques de nos modes de vie n'a pas réussi à inverser la tendance à la hausse des consommations en particulier dans le secteur électrique.

Nota: cette année, le froid aidant, la consommation a littéralement explosé avec, le 8 février, une pointe à 101700 Mw atteinte à 19h. soit une hausse de 45% par rapport à l'hiver 2008/2009.

L'abandon du chauffage électrique au profit de moyens de chauffage plus efficaces (6) soulagerait le réseau électrique d'une fraction très importante de la consommation que ce soit en terme de puissance comme en terme de quantité d'énergie. Cela permettrait d'inverser la courbe énergétique qui reste désespérément croissante.

Elle aurait comme avantage indéniable dans ces temps « de vache maigre » ( pas pour tout le monde! ) de mettre à la dispositions les sommes colossales (14 millards ) qui sont ou vont être investies  pour des moyens de productions qui ne fonctionnent que quelques centaines d' heures dans l'année pour répondre aux appels de puissances importants et trés  ponctuels des chauffages. électriques .

Ces sommes ainsi libérées pourrait être réservées pour d'autres objectifs comme l'aide à l'isolation des logements. ( le meilleur des Kw est celui qui est économisé: le négawatt)

Enfin, un dernier élément majeur. Cette opportunité d'amorçage de la décroissance énergétique doit nous engager dans la mise en œuvre d'un plan programmé d'économie d'énergies qui est la condition indispensable qui permettra d'une part le remplacement des énergies actuelles par les énergies renouvelables d'autre part de diviser par quatre les émissions de gaz carbonique à l'horizon 2050 pour éviter une élévation trop importante de la température.

Jojo, le jeudi 23 février 2012

 

 

1.L'énergie utile est celle que l'on a de disponible à son compteur. Voir, bientôt, notre article « le  coefficient de gaspillage ».

2.le Tw ou Terawatt = 1 milliard de Kw (1Kw = 1000 watts). Un Twh est l'énergie de 1 milliard de Kw consommée pendant une heure. (voir le nota en bas du document)

3.Ces 34% sont de la puissance appelée à la pointe de 19h. Les 12,3 et 14,4% sont des pourcentages d'énergie comptée sur une année. .

4.TURPE: Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité. CRE: commission de régulation de l'énergie.

5.Voir l'analyse de l'association Négawatt sur le coût payé par l'usager en fonction de l'énergie choisie . Sur le site de l'association se rendre sur le dossier intitulé « pointe et chauffage électrique »

6.En attendant la réhabilitation thermique des logements et le développement conjoint des énergies renouvelables, l'amélioration sensible du rendement des appareils de chauffages classiques rend acceptable cette solution en limitant les rejets de C02.

 

références: Association Négawatt, loi Nome et le travail d'analyse de l'association de consommateur Que Choisir. (notre article sur la loi Nome).

Nota: L'énergie E = la puissance multipliée par le temps. Un chauffage d'une puissance de 2kw qui marche sans interruption durant 8h consommera une énergie E= 2kw x 8h = 16 kwh

Une réflexion sur “Le chauffage électrique : un choix déraisonnable

  1. Mouaii, concernant le cout de l'elec, il est plutot plus faible chez nous qu'ailleurs, malgrés le chauffage electrique. Les principales augmentations sont plutot dues à la CSPE, le démontage d'EDF… Vous avez certainement raisons sur ce point, mais pas dans des proportions significatives.
    Il est certain que le chauffage electrique n'a pas le même taux de pénétration du nucléaire, que le reste de la prod, mais ce dernier en fait quand même un peu plus de la moitié. D'autre part, il aurait été judicieux de faire la promotion des offres EJP et Tempo, ce qui aurait permis de lisser la pointe et de limiter encore plus les GES, bien moins élevés en chauffage elec qu'en gaz ou fioul. Une pompe a chaleur alimentée par une centrale a cycle combiné gaz est déja bien meilleure qu'une chaudière à condensation et les maisons tout élec consomment beaucoup moins d'energie finale.
    Enfin, la meilleure façon de transporter l'energie des éoliennes reste quand même l'electricité… Comment utiliser les éoliennes pour se chaufffer sans chauffage électrique?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *