Nucléaire: industrie ou déraison ?

Voici un article de Thierry Salomon, corresponsable de l'association Négawatt. Cette association de Montpellier travaille, depuis le début des années 80, dans l'utilisation des énergies . Elle travaille, sutout, sur la façon de les économiser. Elle a élaboré, depuis 2006, un scénario permettant de réduire considérablement nos besoins. Les économies sont telles que cela permet de sortir du Nucléaire sans réutiliser d'énergies carbonnées. Le nouveau modèle énergétique se fait à confort constant (pas de retour à la bougie !) et à partir des technologies connues et bien maitrisées aujourd'hui. L' article proposé, présentement, a été publié dans la revue "La maison écologique" des mois de juin-juilet 2016.

Pour consulter le scénario Négawatt: lien

EDF, les cardinaux et la Reine Rouge

 

Edf les cardianaux et la reine rouge

Dans le deuxième volet d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carol, De l’autre côté du miroir, la jeune Alice rencontre une reine toute vêtue de rouge, lancée dans une course effrénée. Alice court alors un moment avec elle, puis, étonnée, lui demande : « Mais, Reine Rouge, c’est étrange, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ? » Et la reine lui répond : « Alice, nous courons pour rester à la même place. »

Nous sommes tous des Alice et nous regardons stupéfaits EDF, telle la Reine Rouge, courir pour rester à la même place.

Courir en bourse avec une tonitruante introduction à 32 € par action, promesse de gains faciles pour un placement de père de famille. Après une envolée jusqu’à 85 €, l’inexorable dégringolade sous les 10 € fut sanctionnée par le déshonneur boursier suprême, l’expulsion du CAC40. Paniqués, les petits porteurs demandent aujourd’hui que l’État rachète leurs actions… au prix de l’introduction en Bourse ! Un vieux truc capitaliste : privatisation des profits mais nationalisation des pertes.

Courir à Flamanville, où la construction de l’EPR se révèle un chemin de croix dont les douloureuses stations s’appellent béton défectueux, délais explosés et budget initial plus que triplé. La dernière station se situe au fond d’une cuve fragilisée par un surplus de carbone dans la composition de l’acier. Une cuve de réacteur trop carbonée, un comble pour une énergie qui se vante, urbi et orbi, d’être décarbonée.

Courir aussi en Angleterre, où les yeux s’ouvrent peu à peu sur le projet démesuré de deux EPR à Hinckley Point.

Courir, enfin, après la « jouvence » de 58 vieux réacteurs pour les maintenir coûte que coûte, un « coûte que coûte » évalué à 100 milliards d’euros !

Pourquoi un tel entêtement, si irrationnel dans une France que l’on dit pourtant cartésienne ?  Dans la dernière version du Manifeste négaWatt (Babel – Actes Sud), nous avons formulé l’explication suivante : « Le nucléaire, malgré ses déboires techniques, ses difficultés financières et les profondes incertitudes sur son avenir, reste une forme moderne de religion d’État. Ses cardinaux sont à la tête des grandes administrations et des grandes entreprises qu’il contrôle, ses évêques sont nommés aux postes-clés des organisations représentatives des partenaires sociaux et ses missionnaires se trouvent dans les troupes de certains syndicats enfermés dans le dogme d’un nucléaire représentant l’alpha et l’oméga en matière d’énergie.  Tous ces affidés de l’atome font bloc pour refuser d’admettre des évidences qui les dérangent car « toutes les grandes vérités sont d’abord des blasphèmes », observait si justement Bernard Shaw*… »
Bien sûr, les grands cardinaux proches du pape-président font encore bloc, à grand coup de recapitalisations massives payées in fine par nous, nos kWh et nos impôts.

Mais ces dernières semaines, les croyances s’effondrent en avalanche. Certains, évêques et missionnaires, commencent de l’intérieur de l’église à douter des dogmes. La démission du directeur financier d’ EDF, l’homme qui connaissait le mieux la vérité des chiffres, en est un épisode spectaculaire. C’est toujours ainsi, lorsque les fidèles osent enfin ouvrir les yeux et transgresser l’omerta, que finissent par s’effondrer les empires que l’on pensait immortels.

Devant nous le paysage énergétique mue à toute vitesse. Les gras dinosaures de l’énergie, alourdis par leur orgueil, aveuglés par leur toute puissance, ont déjà amorcé leur extinction. Seuls leur survivront les lémuriens agiles, sobres et efficaces, aptes à capter le vent et se chauffer au soleil.

Thierry Salomon, billet d’humeur publié dans le magazine La Maison écologique n°93, en kiosques jusqu’à fin juillet 2016 ou sur commande en cliquant ici.

Retrouvez de brefs «  tweets d’humeur  » sur #ThierrySalomon

* Nobel de littérature en 1925.

Image © montage Mélodie Henckès / Schuller Graphic 

Étiquettes : EDF, Energie, EPR, Flamanville, Hinckley Point, négaWatt, renouvelable

 

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